? Les années collège, à quoi ressembleront-elles pour mon fils ? ? C’est la question que me posait Cathy, maman d’un gar?on de 9 ans actuellement en CM1, suite à une vision d’horreur qu’elle a eue la veille vers 17h30. ? T’as vu hier le bordel devant le collège, ils étaient au moins cinquante à chahuter et crier ! – Non, j’ai pas vu, je suis passée par l’autre coté. ?
Cathy vient de réaliser où son fils chéri allait passer quatre ans de sa vie d’ado. ? Dis-moi pas que mon fils va aller là !? – Ben si, c’est ce que prévoit la sectorisation. De toute fa?on, ailleurs, c’est pas mieux, alors résigne-toi, vis l’instant présent, oublie l’avenir, y’a rien d’autre à faire. ? Je suggérerais bien à Cathy de commencer à chercher un collège privé, donc payant, mais je n’ai pas envie de lui casser le moral dès le matin. Cathy me dit qu’elle se passerait volontiers de cette étape du collège, mais ?a, Cathy, c’est pas possible.
Les années collège sont un tournant pour l’enfant. Pour les parents aussi, qui ont tendance à paniquer à l’idée d’envoyer leur progéniture dans un établissement public où c’est la ? war ? : que va devenir ma fille ? Et mon fils, ce petit faon, ils vont en faire un lion ! D’où la ruée des parents vers les collèges privés, proches ou non du domicile. Les parents veulent entendre de leurs amis : ? Oh, comme il est beau et sage ton petit, et poli aussi. ?a faisait longtemps que je n’avais pas vu ?a, dis donc ! En plus il a l’air bien dans ses baskets. ?
Mais pour la plupart des parents, a fortiori lorsqu’ils résident dans le 19e arrondissement de Paris où le troc a remplacé l’argent, le choix est entre la grain de riz et pas de grain de riz. Tu iras dans le public, mon fils, va ! Tu n’apprendras pas le violon mais l’art du tatami. Ainsi s’ouvre le livre de la jungle.
Des parents essaient de trouver des parades : les cours à la maison, voires inscrire les enfants dans le privé bien avant qu’ils aient l’age d’aller au collège. Ils se retrouvent alors sur des listes d’attente qui se compte en années. Et encore faut-il que les livrets scolaires des trois dernières années du candidat ou de la candidate soient irréprochables. En termes de notes comme de comportement. Un établissement privé qui tire sa réputation de ses bons classements ne va pas s’embarrasser des cancres du public pour faire du social. C’est comme la loi SRU, cette affaire-là.
Il n’empêche : ?a se bouscule chez les bonnes s?urs, et la religion des parents ne fait ici rien à l’affaire. Les directeurs du privé savent qu’ils ont une cote de ouf. Demande forte, offre limitée. Alors, ils trient. Fabienne, une de mes voisines, maligne, a compris le système. Pas question que ?a fille aille dans ce qu’elle appelle ? ?a ? – le collège public. En menant une enquête de terrain, Fabienne a appris qu’un enfant qui commence sa scolarité dans un établissement privé a plus de chance d’y la faire toute. Elle a donc inscrit sa fille dès sa prime jeunesse dans un jardin d’enfant privé pour 200 euros par mois. Sa fille a deux ans. Fabienne préfère prévoir que conna?tre des déboires en tout genre, dit-elle. Sauf que 200 euros par mois, ?a ne se trouve pas sous le pneu d’une Peugeot.
Il y a bien une solution… Déménager en Touraine où le niveau de l’enseignement public vaut para?t-il celui du privé. Georges, fais les valises.
Nadia Méhouri
La chronique 19th DISTRICT para?t tous les mercredis.
Photo : tirée du film ? Entre les murs ?, de Laurent Cantet.
montres cartier
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